La relation entre Yaoundé et Moscou ne part pas de zéro.
Etablie depuis 1962, elle couvre déjà l’éducation, l’agriculture, l’énergie, la santé, les technologies, les infrastructures et la sécurité. L’enjeu pour le Cameroun est désormais de donner une dimension davantage économique et productive à cette coopération, en attirant des investissements, en développant les exportations camerounaises et en recherchant des partenaires capables d’accompagner des projets structurants.
Rééquilibrer les échanges et ouvrir davantage le marché russe aux produits camerounais
Le premier enjeu est commercial. Les échanges entre les deux pays restent marqués par une forte présence des produits russes sur le marché camerounais. En 2020, les importations camerounaises en provenance de Russie avaient atteint 96,7 milliards de FCFA, contre 11,5 milliards en 2010. La Russie était notamment le premier fournisseur de blé du Cameroun, avec 396 000 tonnes représentant 62,8 milliards de FCFA en 2020. Cette réalité montre l’existence d’un marché déjà établi, mais également le potentiel d’un rééquilibrage. Pour le Cameroun, Moscou peut devenir davantage un débouché pour les produits agricoles et agroalimentaires, le bois transformé et d’autres productions à valeur ajoutée. La coopération économique devra ainsi être pensée dans les deux sens : importer ce dont l’économie camerounaise a besoin, mais aussi accroître la capacité des entreprises camerounaises à exporter vers la Russie et, au-delà, vers l’espace eurasiatique.
Faire de l’agriculture et des engrais un axe majeur de la coopération.
La coopération agricole constitue un enjeu particulièrement important pour le Cameroun. Le pays dispose d’un potentiel considérable dans l’agriculture, l’élevage, la pêche et l’agro-industrie, tandis que la Russie possède des capacités dans les équipements agricoles, les intrants et certaines technologies de production. Le MINEPAT identifie d’ailleurs explicitement le développement agricole et l’agro-industrie parmi les secteurs d’intérêt pour les rencontres économiques Cameroun-Russie. La coopération pourrait donc dépasser la simple fourniture d’intrants pour porter sur la mécanisation, l’irrigation, le stockage, la transformation et la production locale. Cette orientation rejoint par ailleurs la volonté affichée dans le partenariat Russie-Afrique de renforcer la coopération agricole et la sécurité alimentaire. Pour le Cameroun, l’objectif serait de transformer les partenariats extérieurs en capacités productives nationales et en nouvelles chaînes de valeur.
Rechercher des investissements et des technologies pour accélérer la transformation économique.
Le troisième enjeu concerne l’investissement. Le Cameroun cherche aujourd’hui à mobiliser des capitaux autour de projets structurants dans les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, l’industrie et l’aménagement urbain. En mai 2026, le MINEPAT indiquait que 27 projets structurants représentant près de 21 000 milliards de FCFA étaient proposés dans le cadre d’une démarche de mobilisation d’investisseurs et de partenariats public-privé. Dans ce contexte, la Russie constitue un partenaire supplémentaire à mobiliser autour de projets clairement identifiés. Le Forum économique Cameroun-Russie recense précisément comme domaines d'intérêt l’énergie, l’eau, les infrastructures, les mines-métallurgie-sidérurgie, le numérique, la recherche-développement et le secteur financier. Pour Yaoundé, l’enjeu est donc moins de rechercher des partenariats généraux que de présenter des projets suffisamment mûrs pour attirer des entreprises, des investisseurs et des partenaires techniques.

Renforcer les compétences camerounaises et les partenariats scientifiques et technologiques.
La coopération avec la Russie possède également une dimension humaine et scientifique. Lors de la rencontre entre Paul Biya et Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg en juillet 2023, les deux parties avaient notamment évoqué l’augmentation du nombre de jeunes Camerounais formés en Russie et l’intérêt croissant pour l’apprentissage du russe, avec l’ouverture d’un centre culturel à Douala. Le Cameroun avait également indiqué vouloir approfondir sa coopération avec la Russie dans la recherche et la formation. Cet axe peut prendre une importance particulière dans les domaines scientifiques, technologiques, médicaux, agricoles et industriels. Pour le Cameroun, investir dans les compétences permettrait de donner une dimension durable aux partenariats : il ne s’agirait plus seulement d'acquérir des équipements ou des services, mais également de renforcer les capacités des ingénieurs, chercheurs, techniciens, entrepreneurs et étudiants camerounais.
disposent d’une relation diplomatique ancienne, mais les deux pays ont aujourd’hui l’opportunité d’en élargir la portée économique. La rencontre de Saint-Pétersbourg en 2023 avait déjà identifié plusieurs secteurs de coopération, parmi lesquels l’éducation, l’agriculture, l’énergie, la santé et les technologies, tandis que le Cameroun avait exprimé son souhait de renforcer la recherche, la formation, l’industrialisation, l’agriculture et les infrastructures.
Le troisième Sommet Russie-Afrique intervient donc dans une continuité. Son intérêt pour le Cameroun réside dans la possibilité de transformer les orientations politiques en partenariats commerciaux, investissements, transferts de technologies, projets agricoles et industriels et programmes de formation. Le Forum économique prévu parallèlement au Sommet doit justement réunir autorités publiques, entreprises, acteurs financiers et communautés scientifiques autour de thèmes tels que le commerce, les investissements, l’énergie, les systèmes de paiement, la transformation numérique et la sécurité alimentaire.
Pour le Cameroun, Moscou peut ainsi constituer une plateforme de diplomatie économique et de recherche de partenariats, à condition d’y arriver avec des priorités clairement définies, des projets structurés et une stratégie de suivi permettant de transformer les contacts établis en réalisations concrètes.
Xandra Beyene
Couverture médiatique :
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